C'est un rêve d'opéra : j'ai déjà vu le spectacle, suis dans une place d'en haut où il faut se pencher pour voir, trop fatiguée pour le faire souvent. En début de 3ème partie je me laisse porter par les voix, confortablement.
Tu es venu au rendez-vous dans un café parisien, je dois te passer les places de théâtre pour le lendemain.
C'est fin d'après-midi. Il fait frais mais soleil. Nous sommes dans une grande brasserie près de la gare du Nord (en fait la vraie est près de celle de l'Est). Je te confie les billets nous parlons un peu et très soudain tu prends congé.
Or je m'apprêtais à ce qu'on passe au moins un bon moment. Même si rien de plus que boire un thé, et parler.
Je te dis au revoir, interloquée, tu files et je pleure.
J'ai aussi compris que tu étais venu avec l'une de tes amies et non pas celui de tes fils que la pièce, d'un type dont il est fan, aurait tant ravi. Je nous sens floués (pas tant moi que lui aussi).
Un homme du même genre sympathique que mon ancien prof de maths vient vers moi
- Ça ne va pas ?
Je tente un sourire triste, - Chagrin d'amour.
- Celui qui vient de s'en aller ? Vous vous êtes disputés ?
- Lui, oui. Mais sinon non. C'est juste qu'il est parti si vite. Je croyais qu'il resterait.
Le type alors se lève et disparaît.
Je me dis vaguement, Décidément.
Alors le rêve passe en caméra objective, plan large, extérieur jour, on voit l'homme sortir en courant du café, bousculer quelques passants, te rattraper.
Ce qui est curieux (intéressant) c'est qu'alors même que je suis le personnage, la femme dans le café, en larme après qu'elle a été laissée, je vais le rêve de la scène qu'en tant que personnage je ne vois pas.
Mais dans le rêve elle y est.
L'homme te dit quelques mots, probablement : - Monsieur, attendez ! Vous avez oublié quelque chose.
et toi, tâtant tes poches, n'y trouvant rien qui manque : - Ah bon ? Mais quoi ?
- Une femme, au café que nous venez de quitter.
Et il ajoute : - Elle est en train de pleurer.
Perplexe (1), inquiet (j'avais l'air de bien aller), tu retournes au café.
Le rêve repasse en plans subjectifs : je ne te vois pas entrer, la tête penchée vers mes larmes que j'essaie d'assécher. Soudain tu es devant moi.
Tu dis de ta voix douce : - Gilda ?
et alors que tu t'apprêtes à demander - Qu'est-ce qui ne va pas ?, persuadée que tu t'es ravisé de toi-même, que tu es revenu exprès, que tu as le même regret, je suis déjà dans tes bras.
Tu ne sais rien faire d'autre que m'y serrer. Je règle vite fait mon café et nous sortons.
J'entrevois alors à la table qu'au tout début il occupait l'homme de tout à l'heure. Nous échangeons un sourire, mais j'ignore, je n'ai pas compris, ni vu, le rôle qu'il a joué.
Nous marchons quelques pas tu me tiens toujours l'épaule, constatant qu'après tout on est bien comme ça et qu'aussi je semble mal remise (je frissonne encore de sanglots silencieux). Il y a un square pas loin, ainsi qu'un hôtel moyen. Au bord d'un banc, avant que ne s'amorce le mouvement vers s'assoir, tant que ton bras gauche m'enveloppe encore, persuadée que c'est d'ailleurs aussi ton intention, et que ton silence est fait d'une timidité, de la difficulté à exprimer des regrets ("Je ne t'aimerai jamais") je t'embrasse. Tu es surpris. Mais surpris que ça soit bon aussi. Et finalement.
Le rêve s'achève alors que nous entrons dans l'hôtel et que (mes rêves sont toujours horriblement terre-à-terre à l'un de leurs moments) je me demande si j'ai encore sur moi le moindre préservatif.
(1) Dans le rêve comme (je m'efforce de le croire) dans la vie tu es cruel sans le faire exprès, par absolue inconscience du mal que tu fais.
120214-1255
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