Il y a eu du vent tempétueux cette nuit, pas à ce point-là , mais assez fort quand même, d'où des moments de conscience affleurant, et le souvenir assez précis de certains rêves. Celui-là est juste d'avant le réveil, d'où sa fin décevante, hélas :
Jérôme est là qui tient le stand de la maison pour laquelle il travaille. C'est un salon professionnel. Je suis ravie de le croiser. Il n'y a pas trop de monde et nous pouvons parler. Je lui cause de son livre récent et que j'ai bien aimé (1).
A un moment de la conversation, inévitablement je lui parle de toi, lui demande comment tu vas, exprime ma tristesse de ta disparition et mon regret d'en être responsable, je crois en ayant trop pesé quand après des mois par ailleurs difficiles ma fille est tombée malade.
J'ai employé ce mot "disparition" ou plutôt "disparu", je crois que dans le rêve je dis "Ça me chagrine qu'elle ait disparu".
Survient madame B. qui nous salue. Elle a forcément entendu la fin de nos paroles et comme Jérôme me rassure gentiment sur ton sort, mais sans m'apporter aucun élément de compréhension. Tu travailles beaucoup, encore, toujours, sans arrêt. Mais c'était déjà le cas du temps où j'existais pour toi.
Des clients sérieux s'adressent à Jérôme, lequel fait son travail. Je me mets naturellement en retrait, ne souhaitant pas gêner.
Alors madame B. qui n'avait pas bougé, me propose
- Vous avez 5 minutes, venez, je vous offre un café.
Je ne sais pas interpréter sa façon de le dire, si elle contient une forme de mise en garde, je perçois qu'elle est trop ferme pour qu'il s'agisse simplement de causer nouvelle collection et nous ne sommes pas intimes aussi je doute qu'elle souhaite soudain m'entretenir de ses soucis pour l'avenir de ses enfants.
Mon sang circule plus fort, je ne peux m'empêcher de croire qu'elle a quelque chose à m'apprendre, quelque chose de sans doute désagréable à dire, mais enfin l'information manquante, l'élément de compréhension qui depuis le début de la fin me fait défaut et donc tant souffrir. J'ai perdu mon amie de coeur, j'ai besoin de savoir au moins un peu pourquoi, au delà du fait (probable) de t'avoir déçue par ma fragilité dans l'adversité.
Nous nous installons là où il y a deux ans nous avions fait une pause avec Caroline et l'une de tes tantes, sympas comme tout (l'ensemble, ta tante, Caroline, faire la pause, être ensemble, le plat que tu souhaitais rentrer leur préparer, les cafés qu'on buvait). J'écoute.
Madame B. me demande, mais la demande a le ton d'un reproche affleurant, pourquoi j'ai parlé de disparition. Quelque chose me laisse croire qu'elle sait, que tu lui as parlé, si je réponds avec les mots qu'il faut, elle me confiera peut-être la clef de ce qui constitue pour moi un mystére désespérant.
Mais il l'est décidément trop. Et moi trop émotive. La peine me submerge et mes mots me dépassent :
- J'aurais dû dire quoi ? Qu'elle a failli me tuer ? Comment appelez-vous si l'on dit à quelqu'un dont on se sait amie et aimée qu'on ne veut plus la voir alors que son mari vient de la quitter, que des menaces sérieuses pèsent sur sa santé, qu'elle gagne péniblement et en souffrant sa vie, et que l'un de ses enfants est tombé gravement malade ?
J'ai préféré dire qu'elle avait disparu, ce qui est vrai aussi. Si je ne l'avais pas croisée grâce aux amis qui m'avaient invités là-haut dans leur pays, elle se serait contentée de rester aux abonnées absentes, me laissant sans réponse quand je lui écrivais comme c'était notre habitude avant quelque chose que je ne sais définir puisque de mon côté il ne s'est rien passé susceptible de changer notre lien.
Atterrée, débordée par ma longue tirade, persuadée que je n'ai pas su dire, pas dit ce qu'il fallait pour enfin obtenir une réponse abordable et éclairante, je lève les yeux vers madame B. Elle m'a écoutée attentivement, je le sais. J'ai perçu un mouvement de recul, je suis encore allée trop loin avec mes mots directs d'ancienne gamine de périphérie. Je ne sais pas parler bourgeois. Je n'y arriverais jamais.
Elle ouvre la bouche, s'apprête à me répondre son regard est triste, un peu dur, en tout cas déterminé. Je l'ai choquée, ça va faire mal, mais au moins je saurais.
Et je me réveille. A cet instant précis, sans aucune contrainte extérieure. La seule explication qui me vient est que même si mon in- ou sub- ou tout ce qu'on veut infra-conscient, depuis des mois travaille en permanence et à plein tubes pour tenter de comprendre pourquoi tu es partie, pourquoi tu es partie comme ça quand ça te ressemble si peu, alors que ça n'est pas toi ni rien de tous ceux qui te connaissent en savent, il n'en a pas la moindre clef.
Ce n'est pas, c'est loin d'être, le premier rêve que je fais sur ce mode, et où l'interruption survient juste au moment de l'explication tant attendue, c'est jusqu'à présent le plus signifiant, avec les personnes précises dans les rôles qu'elles pourraient avoir dans la vie d'en vrai.
Malgré une explication plausible et pour part rassurante fournie par un grand ami que je ne remercierai jamais assez, je reste et dans la souffrance de l'absence et dans celle de l'incompréhension. Je ne sais pas comment en sortir. En plus qu'on dirait que même le temps qui passe m'a laissée tomber et se refuse à faire son effet d'atténuer.
(1) il est effectivement sur ma table de chevet mais en réalité je ne l'ai pas encore lu alors que dans le rêve si.
Je suis curieuse de savoir si ce que je lui dis du livre en rêve correspond au livre réel. Ça ne m'étonnerait pas.
Wow Gilda... Mais dis-moi, tu as combien de blogs ?! o__O
Quelle énergie !!
Rédigé par : Tippie | 19 février 2007 à 23:00
Oh une courageuse venue jusque- là !
En fait je procède par réseau neuronal si on peut appeler ça comme ça : Traces et trajets est le principal et les quelques autres représentent chacun un thème spécifique. Celui-là par exemple est destiné à évacuer quelques rêves devenant par trop envahissants si je ne les traite pas par un peu d'écriture. En les mettant sur un blog je m'assure ainsi qu'ils restent bien classés par date, pour si jamais j'éprouve le besoin de savoir où j'en suis (où j'en étais).
Celui des poèmes prévu au départ pour des haïkus compte tenu des circonstances de ma vie, ne me sert presque uniquement qu'à évacuer le noir d'encre qui me saisit si souvent à présent que je me (res)sens seule (lonely ;-) ).
J'ai aussi des blogs un peu "coquilles vides" et qui me servent surtout de pieds-à-terre pour pouvoir commenter où lire quelques amis. J'ai ainsi ouvert à contre coeur un myspace que je ne garnis que de listes de bouquins, uniquement pour pouvoir lire facilement quelques amis et suivre le programme de mes copains slameurs.
Rédigé par : gilda | 20 février 2007 à 01:12